Etre photographe professionnel

Mes excuses pour ceux qui lisent mes articles sur mon site professionnel, mais j’ai eu envie de replacer cet article sur le site du GNPP Ile de France, afin d’apporter matière à réflexion.

La définition la plus simple est : gagner sa vie en faisant des photographies.

Un vendeur de matériel n’est pas un photographe. Une personne enregistrée en tant qu’auto-entrepreneur en activité secondaire n’est pas un photographe professionnel, un artisan qui ne gagne pas sa vie par la prise de vue n’est pas un photographe professionnel.

Il ne faut pas mélanger, ni opposer, l’amateur et le professionnel. Si il y a le même amour de la photographie, il n’y a pas le même but final. Il peut y avoir le même niveau de compétence, voir plus grande parfois pour l’amateur.

Avoir un appareil photo pro ne suffit pas à être professionnel. Il faut développer un savoir faire, un savoir-être, et apprendre à mettre les autres en valeur devant soi.

J’ai démarré la photographie dans les années 1980, jeune homme passionné par la photographie en tant qu’amateur et voulant vivre de la photographie.

J’ai vivoté pendant quelques années, très content de moi, et j’ai rejoint un groupement professionnel pour me retrouver parmi mes pairs (quelle modestie). Je me suis inscrit donc à l’UPC, (Union des Photographes Créateurs, devenue depuis UPP, Union des Photographes Professionnels).
J’y ai rencontré des pros, des vrais, j’ai eu droit à des conseils professionnels, des vrais. Ils m’ont aidé à voir ce qu’était un travail professionnel.

Au bout d’un an, j’ai arrété la prise de vue pro car je me suis rendu compte que je n’avais pas le niveau (je ne parle pas du niveau technique que je maitrisais bien), et surtout, pas la maturité et la « philosophie » pour être photographe professionnel comme eux l’étaient. Je me suis dirigé vers la vente, voulant continuer de travailler dans le domaine de la photographie et j’ai vieilli.

En 2000, j’ai décidé de créer mon entreprise : un magasin de matériel photo avec une partie prise de vue. Cette partie prise de vue, majoritaire dans la rentabilité de mon magasin, me permet de me dire photographe professionnel. J’ai adhéré au GNPP, Groupement National de la Photographie Professionnelle car je crois en certaines valeurs de la photographie et que ces valeurs doivent être défendues.

Il m’a fallut beaucoup de choses pour réellement être photographe professionnel. Il m’a fallut murir, développer cette philosophie qui me manquait, mettre la technicité, que je maitrisais, au service de mon client.
Oublier mon égo pour mettre en valeur mon client, montrer qu’il était beau, qu’il était unique, que je faisait avant tout une photo de lui avant de faire une photo pour moi, et une fois cela fait, mon égo ne s’est pas trouvé appauvri, au contraire.

Il m’a fallut continuer d’apprendre non pas la technicité de la prise de vue, mais la technicité du positionnement de mes clients (merci Philippe, Claude et bien d’autres), l’observation de leur beau et mauvais côté, le traitement numérique des images. Il m’a fallut apprendre à aimer mes clients, très souvent inconnus de moi, et le redevenant souvent après la prise de vue.

Maintenant, j’ai 52 ans, je fais partis des « vieux » de la profession, même si j’ai toujours 25 ans dans ma tête et malgré que je m’essouffle un peu plus dans les escaliers.

Je vois arriver une « jeune » génération de photographes pour qui la photo est une passion qui peut être temporaire. Pour qui la photographie professionnelle est simplement de faire des photos et de les vendre. Qui ont ramené la photographie à une vente produit sous couvert d’émotion et veulent distribuer cette image de la photographie.

Peut-être est ce eux qui ont raison, peut-être que j’ai tort de penser qu’une photographie est d’abord un échange entre la personne qui pose et le photographe avant d’être un acte commercial, acte nécessaire pour pouvoir se dire professionnel. Que le photographe a un devoir de mettre le plus de lui dans une image pour faire apparaitre le plus de son modèle. Peut-être que j’ai tort de penser que nous devons développer notre sensibilité en même temps que notre technicité. Peut-être que j’étais comme eux…

Et puis j’ai vu une photo réalisée par un collègue. Un gars talentueux comme je les aime (bonjour Franck). Technique et sensible, prêt à partager son savoir et ses expériences. Le modèle ? une autre photographe, transcendée, sublime sur cette photo, et je me suis rappelé que la photo, c’est d’abord un acte émotionnel dont la valeur ajoutée est destinée à la personne devant l’objectif avant celle derrière l’objectif, chose que je n’avais pas compris il y a 30 ans.

Et pourquoi cet article ? Et bien parce que j’ai récement vu aussi les commentaires d’une photographe « dite » professionnelle qui vantait le travail d’une autre photographe, « dite » aussi professionelle ayant pris sa famille en photo. Ces photos étaient certainement chargées en émotion, mais tellement mauvaises du point de vue photographique que j’ai eu besoin de m’exprimer par ce texte afin de rappeler ces vieilles citations de Boileau (bien plus vieux que moi – 17ème siècle) :

Avant donc que d’écrire, apprenez à penser.
Selon que notre idée est plus ou moins obscure,
L’expression la suit, ou moins nette, ou plus pure.
Ce que l’on conçoit bien s’énonce clairement,
Et les mots pour le dire arrivent aisément

ça marche pour la photo !

Hâtez-vous lentement, et sans perdre courage,
Vingt fois sur le métier remettez votre ouvrage,
Polissez-le sans cesse, et le repolissez,
Ajoutez quelquefois, et souvent effacez

ça marche aussi pour la photo !

Un dernier point, à propos de la jeune génération. Je ne suis pas contre ces nouveaux venus, mais peut-être envieux de tout ce qu’ils vont pouvoir faire et vivre. Il y en a beaucoup, plus discrets, qui font un très très beau travail, chargé d’émotion et maitrisé techniquement, et qui me donnent une belle image de l’avenir de la photographie.

Stéphane Riou
président GNPP Ile de France

 

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