Salon de la photo, amateurs et pros …

Bonjour,

le post précédent était cours, je me rattrape sur celui-ci.

Dans quelques jours s’ouvrira le salon de la photographie de Paris. Ce salon, si dans le passé, fut une fête de la photographie, présenté tous les deux ans en alternance avec la Photokina, est devenu maintenant un petit salon très orienté vers le grand public, qui représente, et a toujours représenté, la majorité du chiffre d’affaire des fabricants.

Les photographes ont intéressés les distributeurs et les fabricants du temps où ils étaient porteurs de rêves et d’envies. Dans les années 1970, 1980, le grand public connaissait des noms de photographes professionnels, souvent orientés vers le charme, mais pouvait mettre un nom sur des photographies, sur des styles, et pouvait rêver sur ce que lui ferait à leur place, d’où une motivation à l’achat de matériel, d’accessoires. Il est à parier que les filtres à effets n’aurait pas eut autant de succès sans un photographe comme David Hamilton.

Nous faisons rêver nos clients. Bien. Nous leur apportons du plaisir, de la reconnaissance, de l’identification. C’est déjà très bien pour notre propre activité professionnelle. Est-ce suffisant pour notre profession dans son ensemble ?

Nous avons perdu cette connexion avec les fournisseurs car nous sommes des clients comme les autres, avec un panier moyen peut être plus important pour ceux qui font évoluer régulièrement leur matériel, sinon plus faible que celui de l’amateur passionné qui n’hésitera pas à faire un nouvel achat pour accomplir sa passion. Nous avons perdu ce relationnel avec les fournisseurs car nous ne sommes plus un outil pouvant leur apporter un retour sur leurs investissements.

Pouvons nous être à nouveau cette force d’envie, pouvons nous recréer ce distinguo entre le professionnel et l’amateur. A une époque où tout amateur peut être professionnel (dans les faits) pouvons nous démontrer simplement que photographe est un métier de passion, certes, d’exigence, de savoir faire et tout simplement, un métier à part entière et que l’on n’est pas professionnel parce que l’on a gagné 10000 Euro sur une année mais que l’on peut gagner sa vie en n’étant QUE photographe, 365 jours par an, sans devoir compter sur une autre activité que la prise de vue.

Qui à droit au titre de photographe ?

le lambda moyen, qui sort son appareil aux fêtes de Noël et aux vacances
l’amateur, qui s’est acheté un appareil et qui en fait régulièrement, surtout en auto
l’amateur passionné, qui s’est donné les moyens de sa passion en apprenant la technique
le professionnel, qui se doit d’en vivre tous les jours

Les différences entre ces photographes est liée à un triste malentendu. Professionnel n’est pas une finalité dans un parcours photographique. Faire une belle image se doit d’être une finalité. On ne fait pas une belle image parce que l’on est pro, mais parce que l’on est passionné. Je connais des amateurs passionnés qui n’ont aucune envie d’être pro car cela ne leur apporte rien du point de vue de l’image. Je connais des professionnels qui le sont devenus en ayant évité la formation, la connaissance technique, heureux que leur boitier en tout auto fasse une belle image. Ce n’est pas le travail d’un professionnel.

Un parcours photographique, c’est un peu comme un parcours d’orthographe. Au début, il y a le B et le A, et puis on obtient BA, le B A BA de l’écriture. Puis on apprends à faire des mots, puis on apprend à faire des phrases et on peut s’exprimer. Et puis il y a ceux qui vont aller plus loin que la phrase, qui vont aimer la belle tournure de la phrase, qui vont travailler les rimes, travailler avec les concepts.

En photographie, il y aura ceux qui savent que un zoom ne sert pas à éloigner ou rapprocher, qu’un diaphragme ne sert pas juste à limiter la quantité de lumière qui arrive, qu’un viseur se balaie en latéral avant de faire sa photo, qu’un flash sur le boitier peut donner une belle lumière, bref, ceux qui vont essayer de faire de la poésie avec leur appareil, leur objectif, leur œil et leur cœur.

Le pro, lui, se doit de connaitre la technologie, par respect pour ses clients, pour pouvoir respecter leurs demandes. Il n’est pas là pour faire une belle photo, il est là pour faire LA belle photo. Il se doit aussi d’avoir une maitrise de l’esthétique, et de plus, il doit être chef d’entreprise. Une fois la saison de Noël passée, il se projette déjà dans le Noël de l’an prochain car il se doit d’avoir déjà planifié son année à venir, avoir une vision à moyen et long terme de son travail. Il doit savoir communiquer.

Communiquer ! Sachons communiquer sur notre travail, sur nos aspirations, sur notre savoir faire et savoir être et peut-être que le travail d’un professionnel ne sera pas galvaudé avec celui de l’amateur qui sort son appareil en auto, peut-être que la profession fera rêver, tout en montrant que une photo de pro n’est pas une simple prise de vue. Peut-être que l’amateur passionné et le pro pourront discuter image et technique sans avoir peur que l’autre viennent empiéter sur son territoire. Peut être que les fournisseurs voudront se rapprocher de nous, car nous les intéresseront à nouveau. Peut-être que nous ferons de nouveau rêver le grand public qui verra en nous des Photographes. Peut-être serons nous fiers, mais à juste titre, d’être des pros.

Stéphane Riou,
présidence du GNPP Ile de France

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