Le juste prix !

Il y a une vingtaine d’année, l’arrivée de l’Internet laissait entrevoir des changements importants dans notre société, et pendant longtemps, nous avons cru que ces changements se limitaient à l’échange et la communication.

Aujourd’hui, un aspect plus pervers vient perturber la société telle que nous la connaissons. Ces échanges, cette communication, permettent de développer des systèmes commerciaux alternatifs où la vitesse de mise en place d’un cadre économique permet la création d’entreprises rentables gagnant de l’argent grâce à des sous -traitants nombreux, remplaçables et destinés à disparaitre car eux ne sont pas rentables, ou sur des systèmes n’engageant aucun retour de rentabilité ou aucunes charges à payer.

Des entreprises apparaissent ainsi sur le marché de la photographie, proposant les services de photographes à des prix défiants toute concurrence. Un concept assez éloigné de notre fonctionnement habituel où les photographes visent plutôt à une qualité qu’à une quantité à moindre coût.

Une entreprise communique ainsi sur le marché de l’immobilier, proposant à ses clients des photographies de biens et rémunérant le photographe 30 euros pour une douzaine de photos.

Tout photographe installé, ayant déjà établi un bilan, étudié sa rentabilité, comprendra parfaitement que ce prix est totalement déraisonnable, ne couvrant pas le temps passé à réaliser des images mettant en valeur le bien, le temps de déplacement pour aller sur place, et l’amortissement du matériel utilisé. Je ne parle pas de post-production puisque l’entreprise donneuse d’ordre s’en occupe, déniant ainsi au photographe le contrôle de son image.

La cible de photographes visée est celle qui n’arrive pas à s’en sortir, ou qui travaille pendant leur repos (car ils ont un autre travail, alimentaire celui-là). Le photographe qui n’arrive pas à s’en sortir, pour plusieurs raisons d’ailleurs (manque de savoir faire, manque de communication, de visibilité, niche professionnelle trop limitée …), à raison de deux commandes par jours (et ce 5 jours par semaine) arrivera à réaliser un chiffre d’affaire de 1200 euros par mois, soit un SMIC (1150 net). Sur cela il devra déduire ses déplacements, son matériel et ses charges. On ne se met pas à son compte pour réaliser un chiffre inférieur au SMIC.

La clientèle visée est, bien entendu, l’ensemble des agences immobilières. Se rendent-elles compte qu’elles aident à mettre en place un système très facilement transposable sur leur propre activité, créant ainsi le modèle pour leur propre concurrence. Rien de plus facile que de mettre en place une agence immobilière virtuelle, où tout un chacun pourra devenir agent immobilier.

Mais pourquoi un système comme celui-ci fonctionne ? Parce que nous sommes entrés dans l’ère du moins cher ! On ne cherche plus à acheter quelque chose, mais on achète un prix, le plus bas possible. Je me renseigne dans un magasin et je vais acheter sur l’Internet, je vais faire une séance chez le photographe et je lui demande les fichiers (pourquoi devrais-je payer les tirages chez lui alors que je peux avoir mon 10×15 à 12 centimes sur l’Internet). Pour ma voiture, j’achète la pièce en ligne et je vais la faire monter chez un garagiste. J’achète mon pain chez l’hyper du coin car mon boulanger fait sa baguette à 1,10 Euro et qu’à l’hyper, elle est à 0,90 Euro. Je loue ma destination de vacances en Airbnb, pourquoi devrais je payer des charges hôtelières ?

STOP !

Le pain dans mon hyper n’est plus aussi bon, il a changé de fournisseur, mais les boulangers du coin ont fermé. Mon garagiste veut bien monter la pièce que je lui apporte mais il ne sait pas diagnostiquer la panne, donc je ne sais pas quelle pièce acheter. Mon photographe ? Il a fermé, c’est devenu un point retrait pour retirer mes photos commandées en ligne.

Qu’est-ce que vous achetez ? Qu’est-ce que vous vendez ?

Un prix ?
Un objet ?
Un objet et un conseil ?
Un objet et un service ?
Une compétence ?

Tous les métiers sont ubérisables. A moins d’être dans les domaines de la santé (et encore, cela peut changer, il y a des centres de soins low-coast en France, malgré un système de sécurité sociale).

Quand vous achetez, ou quand vous vendez, posez vous la question : dans quelle société je veux vivre demain ? Quel sera mon emploi demain ? Quelle sera la vie de mes enfants demain ?

Ne cherchez pas à vous projeter plus loin dans l’avenir, car vous êtes déjà à demain.

Alors, quel est le juste prix ?

Stéphane Riou
Présidence de la Chambre Syndicale de la Photographie Professionnelle (C.S.P.P.)

Une réflexion au sujet de « Le juste prix ! »

  1. J’ai aussi été contacté par cette société qui pense utiliser les photographes comme Uber ou Groupon , a des tarifs ultra bas et qui ne permettent pas de vivre !
    Les photographes professionnels ne savent pas tous calculer leur prix de vente et voient trop souvent leur rentabilité menacée.
    Ils se basent trop souvent sur une étude des prix des concurrents ou pire , du prix que les clients sont prêts a dépenser … catastrophique mérhode !
    Pourtant, les entreprises qui proposent ce type de contrats aux photographes ont souvent , de leur coté, bien calculé leurs marges !
    C’est dans ce type de questionnements que les Syndicats Professionnels comme la Csppp, l’upp ou le Gnpp peuvent aider leurs adhérents a grandir !

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