Allumer le feu !

Bonjour,

Beaucoup de bruit depuis l’annonce par M Bruno Lemaire, ministre, du doublement des seuils de chiffres d’affaire pour les micro-entreprises. Un bel acte de provocation de notre ministre des finances vis à vis des artisans.

Heureusement, il ne s’agit que d’un effet d’annonce à ce jour. Les négociations sont toujours en cours et des modifications peuvent encore avoir lieu lors de ces négociations.

Il est bien sûr inconcevable que les seuils soient relevés sans contreparties réelles vis à vis des artisans, afin d’éviter d’augmenter encore plus la concurrence déséquilibrée entre ces deux statuts. Est-il envisageable d’imaginer un statut limité dans le temps, un équilibrage des charges entre les artisans et les micro-entreprises (même travail = même charges), la facturation de la TVA pour les micro-entreprises. La suppression de la micro-entreprise sur une durée illimitée en tant que deuxième activité ? Une obligation de recherche de rentabilité ? Bref, tout peux changer.

Bien entendu, si à la fin des discussions, il s’avérait que la concurrence est encore plus déséquilibrée, il faudrait songer à d’autres moyens de pressions, des moyens autres que la discussion puisque celle-ci aurait échouée ! Imaginons, par exemple, 3 millions d’artisans, tous métiers confondus, roulant au pas sur les grands axes routiers, dans toute la France, deux à trois fois par semaine … ou lors de visites officielles ? et bien d’autres solutions.

Bien des points à discuter, à étudier afin de ne pas fâcher les micro-entreprises existantes, nombreuses, mais rapportant tellement moins à l’état que les artisans qui eux, cotisent plus sur des chiffres d’affaire plus élevés, soumis à la TVA, créateurs d’emplois salariés, créateurs d’entreprises pérennes. Ne pas supprimer non plus ce statut particulier ayant permis, à ce jour, à de nombreux entrepreneurs de créer leur activité.

Mais au fait, pourquoi être en micro-entreprise quand on est photographe ?

Pour démarrer avec un minimum d’engagement financier : OK

Mais le matériel dont j’ai besoin pour démarrer ? Matériel de prise de vue, éclairage, ordinateur, logiciel ? C’est cadeau ! Je précise : c’est cadeau pour l’Etat, pas pour vous. Vous le payez ou, pour les logiciels, vous les louez souvent, vous ne le déduisez pas de votre chiffre d’affaire et vous paierez donc de l’impôt et des charges dessus.

Vous n’avez pas à tenir une réelle comptabilité : cool ! En contrepartie, vous n’avez pas de connaissance réelle sur les mouvements financiers de votre entreprise. Rentabilité, postes financiers à prévoir, à amortir sur plusieurs années, coût de votre travail.

Je suis malade, je n’ai plus de rentrées financières : cool, je n’ai pas de charges à payer – ça c’est plutôt bien.

J’utilise une pièce de ma maison pour travailler, installer mon studio, de quoi traiter des images – C’est cadeau aussi, pour l’Etat. Vous ne pouvez le déduire du C.A.

Mes frais de recherches, de documentations, mes livres, etc… cadeau pour l’état.

La TVA : j’en facture pas, donc, à prix égal, je suis potentiellement 20% plus rentable que mon concurrent soumis à TVA. Oui mais … sur 33000 Euros de chiffre d’affaire, j’aurai pu déduire 5500 Euros de TVA sur mes achats réalisés, qui eux-même auraient été déduis de mon C.A.

La retraite : Pfou, c’est loin ! Comme vous cotisez très peu, vos droits financiers à la retraite sont quasi inexistant. Le minimum retraite vous est acquit (si il y en a encore un) mais rien d’autre. Bien sûr, c’est loin la retraite, mais demandez aux photographes qui arrivent vers 50, 55 ans et au-delà si c’était si loin que cela en fin de compte et pour ceux qui sont à la retraite, si ils n’auraient pas aimé cotiser un peu plus avant pour l’améliorer ?

Bref, c’est un statut parfait pour développer son activité de service où il n’y a pas d’investissement matériel à faire. Ce n’est pas le statut idéal en photographie pour gagner sa vie, mais un statut parfait pour démarrer si vous n’avez pas à investir. Ce n’est pas un statut idéal pour professionnaliser notre métier (rigueur de gestion, vision à court et moyen terme, plan d’investissement… même cela, ça a du mal à se faire chez les artisans alors que nous avons tous les outils par obligation)

Le fait d’augmenter les plafonds permettrait aux micro-entrepreneurs de gagner leur vie, car 33000 Euros, moins les coût, on arrive vite au niveau du SMIG et se mettre à son compte pour toucher le SMIG … pas top.

Cela permettrait aussi à des artisans en place de quitter le statut artisan pour devenir micro-entrepreneurs, virer leurs salariés, ne plus former d’apprentis, cotiser moins pour l’état … bref, une catastrophe pour les métiers, un abaissement des niveaux. Bien entendu, nos salariés devront se mettre aussi à leur compte en tant que micro-entrepreneurs pour continuer à vivre de la photographie, et on aurait ainsi une profession vivant dans une économie concurrentielle monstrueuse.

En bref, Monsieur le Ministre, que cherchez-vous ? Que cherche l’Etat que vous représentez ?

Merci de bien prêter l’oreille à nos représentants, pour la photographie, la FNP (Fédération Nationale de la Photographie).

La C.S.P.P. (Chambre Syndicale de la Photographie Professionnelle) est attentive aux propositions que vous pourrez faire et sera présente pour défendre les intérêts des photographes.

Stéphane Riou

Présidence de la C.S.P.P. (Chambre Syndicale de la Photographie Professionnelle)

Une réflexion au sujet de « Allumer le feu ! »

  1. Tout est dit , Stephane !
    J’ajoute qu’etre au niveau du SMIC au juste au dessus , ca n’est pas top comme tu l’écris , mais beaucoup s’en contentent et comptent sur le salaire du conjoint pour équilibrer les comptes du ménage …

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