Confinement, 24h de réflexion…

Mes chers confrères, je vais me faire l’avocat du diable dans ce texte, et vous allez me détester. Je vais parler du confinement, de nos commerces et studios de photographie et finir sur le mot « pourquoi ».

Quel est le but du confinement ? Limiter au maximum les déplacements de population hormis pour aller travailler et se nourrir.

  • Les commerces indispensables : la nourriture, les soins, les services d’intervention (secours, réparation d’urgence…)
  • Là dessus viennent se greffer les entreprises qui font travailler les gens afin de ne pas arrêter l’économie.
  • Les services publics restent ouverts.
  • Les commerçants ferment afin de limiter les mouvements de population.
  • Certains commerces restent ouvert afin de faciliter le travail de ceux qui vont être en télétravail à la maison. Magasins vendant des ordinateurs, encres…

Jusque là, pourquoi pas. L’idée générale, aussi désagréable soit-elle pour moi qui suit commerçant, a une forme de cohérence.

Oui mais… nous sommes en novembre, un des mois fort de l’année pour tous les commerces, le point de départ des achats pour les fêtes de fin d’année.

Oui mais… pourquoi, pour moi qui suis photographe, les FNAC et les grandes surfaces peuvent vendre ce matériel que je n’ai pas le droit de vendre ?

Oui mais… pourquoi le petit magasin de jouets ne peut pas vendre ses produits alors que les grandes surfaces elles, le font ?

Oui mais… pourquoi le marchand de journaux, qui vend aussi des livres, les grandes surfaces, peuvent vendre des livres mais celui qui n’est que libraire ne peut pas en vendre ?

Et puis, qu’est ce qui est essentiel ?

La pyramide de Maslow décrit facilement ce qui est essentiel, mais à adapter selon les gens.

Pour moi, faire du sport est tout en haut de la pyramide, dans l’accomplissement de soi. Pour d’autres, il est dans le besoin physiologique pour se maintenir en forme et en bonne santé. Pour certains, une photographie de famille est aussi quelque chose de peu d’importance. Pour une maman qui va accoucher dans les jours qui viennent, la photographie de son bébé dans ses tout premiers jours est aussi bien dans la case amour et appartenance que sécurité. Nos papiers d’identités, avec les photographies dessus, sont pleinement dans la sécurité au sein de la société.

Un confinement est quelque chose de désagréable, contraignant. Il se doit d’être régit avec la plus grande notion d’égalité, tout en sachant que ce n’est pas possible. Passer la journée dans son petit deux pièces à travailler en télétravail et faire le même travail à la campagne… Par contre, ne pas pouvoir vendre ses produits, quelque métier que l’on soit, et voir d’autres les vendre à une période cruciale pour tous les commerces, cela est inacceptable.

Doit on ouvrir les petits magasins, qui peuvent facilement recevoir les clients sur rendez-vous, un par un, et désinfecter facilement ce qui a pu être touché, et fermer les grands magasins qui ne peuvent pas le faire ? C’est tout aussi injuste.

Doit-on tout fermer et ne garder que l’essentiel ? La prise de vue d’identité, les prises de vue liées au temps qui passe (femme enceinte, nouveau né …) et les portraits professionnels ? Et accepter de fermer le reste à condition que nous n’ayons AUCUNE concurrence déloyale ailleurs et attendre de ré-ouvrir dans de meilleures conditions?

J’avais dit que vous alliez me détester. C’est mon rôle de parler de cela, tout comme c’était mon rôle d’évoquer un possible confinement au mois de septembre, chose que vous n’avez pas aimé non plus, et c’est normal.

Nous sommes des individus, pour lesquels le temps d’une décision se fait en général de quelques heures à quelques jours/ semaines. Nous sommes des chefs d’entreprises qui prenons des décisions sur des périodes de quelques semaines à plusieurs mois/années. Nous discutons avec des politiques dont les décisions sont calquées sur un calendrier de plusieurs mois et d’années, voir de décennies.

Oui, nous avons du mal à nous comprendre. Oui, vous n’aimez pas ce que je dis : je suis prêt à fermer totalement mon magasin et à ne faire que l’essentiel, qui ne permettra pas au magasin de vivre, et je compterai sur les aides pour passer ce cap, mais à conditions que ce soit pareil pour mes concurents.

POURQUOI ?

Je vous avais dit que je finirai par le pourquoi et là encore, je me suis mal exprimé.

Je vais finir par le parce que …

  • Parce que le fait de ne pas travailler va permettre, je l’espère, à d’autres de ne pas trop travailler. A ne pas devoir se dire en admettant deux malades, celui-ci va pouvoir vivre, quand à celui là …
  • Parce que j’ai été horrifié par une phrase sur les réseaux, dite par un photographe qui, j’espère, écrivait sous le coup de l’énervement et de la colère, qu’on ne devait pas fermer pour sauver des gens de 80 ans.
  • Parce que c’était bien d’applaudir aux fenêtres, mais cela aurait été mieux de respecter nos soignants en portant les masques (les porter comme il faut, pas sous le menton, pas sous le nez…), de respecter les gestes barrières, de limiter « un peu » notre précieuse liberté sur quelques mois, un an… pour leur éviter de limiter leur liberté de soins et les obliger à faire eux, des choix atroces.
  • Parce que nous sommes tous passés par un médecin, avons fait ou ferons un jour un séjour à l’hôpital, nous permettant cette chose si naturelle pour nous, en France : essayer de vivre en bonne santé.
  • Parce que je n’aimerai pas que mes proches, mes amis, mes clients, tout ces gens que je côtoie, aient à passer entre leurs mains à cause de cette saloperie de virus.
  • Parce que nous leur devons cela à tous nos soignants, et tellement plus encore.

Stéphane Riou
président de la Chambre Syndicale de la Photographie Professionnelle

2 réflexions au sujet de « Confinement, 24h de réflexion… »

  1. C’est malheureusement plus compliqué. Quelqu’un qui cherche du travail peut avoir un réel besoin d’une photo porteuse. La personne qui s’est fait voler ses papiers d’identité a aussi besoin de photographie aux normes. Ceux qui ont besoin de photos d’identités étrangères ne peuvent passer que par un photographe. Pour les photos de grossesse, dans un mois, le bébé sera peut-être né et le nouveau-né, luii, dans un mois, n’en sera plus un. Ces photographies sont liées à un timing trop court pour patienter.

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