Covid 19 -Respect, compromis et photographie.

Aux chiffres du 3 novembre 2020, nous avons eu 426 morts de plus à l’hôpital en une journée . Pour les gens qui doutent des chiffres officiels de l’agence « Santé Publique France », qui croient que la terre est plate et qu’il s’agit d’un complot des francs-maçons pédo-satanistes, vous pouvez économiser votre temps et lire d’autres lectures plus saines.

Nous, photographes, connaissons le principe du compromis. Excepté en studio ou nous avons la chance de pouvoir tout contrôler, nous y sommes soumis en permanence. Je veux une vitesse plus élevée mais je ne veux pas toucher au diaph. Je veux une plus grande profondeur de champ mais je ne veux (ou peux) pas baisser ma vitesse. Tout au long de nos photographies, nous faisons des compromis entre nos différents paramêtres, de façon tellement naturelle que nous n’y faisons plus attention. C’est normal de ne pas pouvoir tout avoir.

Le moyen le plus efficace pour limiter une pandémie, depuis les grandes pestes du moyen-âge au coronavirus de notre temps, c’est le confinement.

Ok, on confine ! Mais il faut pas que les gens meurent de faim. Bon, alors on laisse les commerces de premières nécessités ouverts. Oui mais, 67 millions de gens à nourrir, les commerces de détails ne suffiront pas. Bon, alors on ouvre la grande distribution. Oui mais, ils vendent d’autres choses non nécessaires alors que ces magasins là sont fermés. Bon, alors on ferme les rayons non indispensables. Oui mais on peut acheter les produits par internet. Bon alors on permet l’achat en click and collect. Oui mais dans mon magasin, je suis à fond pour les normes sanitaires, tout est désinfecté, je porte un masque je nettoye, je désinfecte, je reçois mes clients un par un…

STOP !

Oui mais vous faites venir des gens chez vous. Ce n’est pas chez vous que l’on se contamine, mais c’est les flux de population, les croisements, les côtoiements qui vont faciliter la propagation du virus.

Ce sont des compromis atroces.

Confiner tous le monde comme au printemps déclencherait à cours sûr une crise économique grave qui viendrait s’ajouter à la crise sanitaire car malheureusement, la pandémie étant mondiale, le virus ne serait pas éradiquée pour autant. Comme écrit au début, nous avons eu 426 morts le 3 novembre (chiffre uniquement pour les hopitaux). 426 que divise 24h = 17 morts par heure soit un mort en moins de 4 mn. Pour le 15 novembre, en respectant le confinement, les prévisions portent ce chiffre à 1000 morts par jours…

On ne peut pas ouvrir nos magasins. On ne devrait faire que l’indispensable. Photos d’identité pour les papiers essentiels, click and collect pour les produits essentiels.

Et le respect ?

Respecter le confinement,

  • c’est respecter nos soignants. Ils n’ont plus le temps de manifester aujourd’hui. Ils sont sur la brèche a contenir non pas la maladie mais les décès et ils ne sont toujours pas immunisés.
  • c’est respecter les gens qui vont travailler tous les jours, qui prennent les transports, qui côtoient leurs collègues.
  • c’est respecter les magasins qui ont fermé leurs devantures, arrétés leur activité en pensant aux autres.

C’est ça, le respect. C’est l’arrêt de l’intérêt personnel pour penser aux autres, même, et surtout, si c’est dur pour vous.

Pourquoi ce texte ? Pour accepter les compromis.

Oui, nous savons que nous risquons plus en allant faire nos courses dans une grande surface que dans le petit commerce de quartier et oui, le personnel de la grande surface le sait aussi et pourtant, ils sont là.

Oui, fermer notre magasin pour l’un des plus gros mois de l’année est aberrant, à l’encontre de tout le travail réalisé tout au long de cette année difficile pour les petits commerçants.

La question aujourd’hui n’est plus de se poser la question : quoi faire maintenant. Maintenant, c’est confiné point final. La question, c’est quoi faire au moment du déconfinement. Ouvrir normalement nos commerces, que les flux de circulation recommencent comme avant, ou imaginer d’autres façons de travailler, d’autres façons de consommer, d’autres façons de penser.

Je préside la CSPP et c’est mon rôle de penser au pire, d’en parler aux photographes membres de mon groupement (un club ont dit certains. Je les en remercie et apprécie cette comparaison. De grandes idées sont nées de clubs de réflexion, ces clubs où les échanges se font dans tous les sens et pas seulement du haut vers le bas). C’est aussi notre rôle, dans ce club, de trouver des solutions, d’échanger, d’avoir les bonnes informations au bon moment et de réfléchir ainsi plus sereinement, de proposer des idées à notre représentant de branche, la FNP. Soyons clair, les problèmes sont devant et plus maintenant. Des choses se discutent toujours lors des réunions avec l’Etat et nos partenaires pour discuter le l’immédiat, mais il est plus que temps d’imaginer le après. Que les cabines d’identités soient ouvertes ne me cause aucun soucis et ne sont pas un sujet ce débat, mes photographes sont tellement meilleurs que cela et avoir son passeport n’est certes pas la priorité des gens aujourd’hui.

Dois je être pessimiste, ou réaliste ? Noël ne tombera pas peut-être pas en décembre cette année.

Pourrons nous déconfiner en décembre ? Pourrons nous déconfiner « sereinement » en décembre ? En aurons nous humainement le droit même si nous le devrions économiquement ?

Peut-être, mais avec une autre manière de vivre et de penser. Soit nous créerons nos nouvelles conditions, soit nous les subirons.

J’ai mis un peu plus de 40 mn pour écrire ce texte. 10 personnes sont mortes du virus.

Portez vous bien et prenez soin de vous,

Stéphane Riou
président de la Chambre Syndicale de la Photographie Professionnelle.

3 réflexions au sujet de « Covid 19 -Respect, compromis et photographie. »

  1. Très bon article !
    Je pense un peu la même chose: fermer au public puisque nous ne sommes pas essentiels à la Nation. C’est aussi mon choix.

    Je suis attristé de voir autant de monde partout, que le gouvernement laisse les employés en présentiel (même si il assure que les contaminations ne se font pas sur le lieu de travail) …
    Bref, les français voit leur intérêt personnel AVANT l’intérêt global, l’intérêt sanitaire….

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